Aston Martin DB5 : Le Grand Tourisme par Excellence
L’Aston Martin DB5 est l’unique voiture de collection à avoir décroché son statut non pas sur une piste de course mais sur un écran de cinéma. En 1964, quand Sean Connery la conduit dans Goldfinger équipée de mitrailleuses et d’un siège éjectable, les ventes explosent à Newport Pagnell et ne redescendent plus jamais.
Si elle possède un excellent moteur et une belle carrosserie, le statut légendaire de la DB5 repose sur quelque chose de bien plus intangible : l’immortalité culturelle. Lorsqu’elle apparut dans le film James Bond de 1964 Goldfinger, munie de mitrailleuses, d’un siège éjectable et de plaques d’immatriculation pivotantes, elle cessa d’être simplement une voiture. Elle devint l’icône de l’élégance britannique, de l’espionnage et du chic des années 1960. C’est, de l’avis de beaucoup, la voiture la plus célèbre au monde.
Sous le glamour cinématographique se cache pourtant une automobile genuinement brillante — un Grand Tourisme robuste, puissant et luxueux qui représentait le summum des capacités d’Aston Martin à l’époque David Brown.
Contexte historique : l’ère David Brown
Pour apprécier la DB5, il faut comprendre le monde dont elle est issue. David Brown était un industriel du Yorkshire qui racheta Aston Martin en 1947 pour 20 500 livres sterling. Il l’associa à Lagonda, dont le remarquable moteur six cylindres en ligne à double arbre à cames — conçu par W.O. Bentley — forma le fondement technique des Aston Martin d’après-guerre. Brown investit son propre enthousiasme et ses ressources dans des programmes de course qui apportèrent des victoires au Mans et dans les championnats de sport automobile internationaux, bâtissant la réputation de la marque pour la beauté comme pour la performance.
La série DB — de la DB1 à la DB6 — retrace l’évolution de la vision de Brown sur deux décennies. Chaque modèle raffina le précédent, progressant vers la DB5 parfaite. En 1963, Aston Martin avait accompli quelque chose de remarquable : une voiture qui pouvait courir au Mans le samedi et transporter un homme d’affaires (ou un agent secret) à travers l’Europe en grand style le dimanche. La DB5 était l’apogée de cette philosophie à double vocation.
La production était basée à l’usine de Newport Pagnell dans le Buckinghamshire — un atelier carrossier reconverti qui demeura le foyer d’Aston Martin jusqu’en 2007, date à laquelle la marque déménagea dans ses nouvelles installations à Gaydon, dans le Warwickshire.
Le design : Carrozzeria Touring Superleggera
La DB5 était une évolution de la très réussie DB4. Visuellement, les différences sont subtiles pour un œil non averti, mais la DB5 perfectionna les proportions.
La carrosserie fut dessinée par le célèbre carrossier italien Carrozzeria Touring de Milan. Ils employèrent leur méthode de construction brevetée Superleggera (super-légère). Cette technique consistait à envelopper des panneaux en aluminium formés à la main sur un léger cadre en treillis de petits tubes en acier de faible diamètre, offrant une structure de carrosserie remarquablement rigide et légère.
Le design est un chef-d’œuvre de retenue élégante. La calandre iconique d’Aston Martin, les phares encastrés (introduits sur la DB4 GT), les ouïes latérales fonctionnelles et le couvercle de coffre légèrement incliné créent une silhouette à la fois musclée et incroyablement gracieuse. Elle manque de l’aérodynamique agressive d’une Ferrari 250 GTO, privilégiant la beauté raffinée à l’agressivité brute.
Comparaison de la DB5 avec ses rivales d’époque
Le contexte est essentiel pour évaluer le design de la DB5. En 1963, la concurrence incluait la Ferrari 250 GT Lusso, la Jaguar E-Type et la Maserati Mistral. Chacune était belle à sa façon : la Ferrari sensuellement opératique, la Jaguar d’un modernisme saisissant, la Maserati baroque à l’italienne. La DB5 occupait un registre entièrement différent — plus patricien, plus naturellement anglais, suggérant compétence et bon goût plutôt que passion et feu. C’était la voiture d’un homme qui avait tout accompli et n’éprouvait plus le besoin de l’annoncer.
Cette qualité de retenue s’est révélée durable. Là où certaines de ses contemporaines semblent aujourd’hui quelque peu théâtrales, la DB5 continue de paraître tout simplement juste — proportionnellement parfaite, affranchie des tendances de design qui datent les voitures moins abouties.
Le cœur : le six cylindres en ligne de Tadek Marek
L’amélioration la plus significative par rapport à la DB4 se trouvait sous le capot. L’ingénieur d’origine polonaise Tadek Marek avait conçu un brillant moteur six cylindres en ligne à double arbre à cames entièrement en aluminium pour la DB4. Pour la DB5, ce moteur fut agrandi.
En augmentant l’alésage, la cylindrée passa de 3,7 litres à 4,0 litres (3 995 cm³). S’alimentant par trois carburateurs SU, le moteur DB5 de série produisait 282 ch à 5 500 tr/min et 390 Nm de couple à 3 850 tr/min.
Ce moteur était un chef-d’œuvre de puissance régulière et implacable. Il n’avait pas besoin d’être poussé dans les hauts régimes ; il s’appuyait sur une immense vague de couple à mi-régime pour propulser effortlessly la voiture à grande vitesse.
Pour les clients en quête de plus de performances, Aston Martin proposa la DB5 Vantage en 1964. Le moteur Vantage présentait des profils d’arbres à cames révisés et trois carburateurs Weber à double corps, portant la puissance à un impressionnant 325 ch — extraordinaire pour une voiture de route de l’époque.
Le son et le caractère du moteur
Le six cylindres de Tadek Marek n’est pas le moteur le plus sonore ou le plus dramatique de son époque — cette distinction appartient au V12 Colombo de la Ferrari 250. Mais il possède une qualité qui lui est propre : un ronron régulier et profond au ralenti qui se développe à travers la plage de régimes en un crescendo rugissant et déterminé. Rien d’excessif ; il sonne précisément aussi capable qu’il l’est, ni plus ni moins. Ce sentiment d’autorité contrôlée correspond parfaitement au caractère global de la voiture.
La boîte ZF et les améliorations
Une autre mise à jour cruciale de la DB5 fut l’introduction d’une nouvelle transmission. Les premiers exemplaires comportaient une boîte manuelle à quatre rapports avec surmultiplication optionnelle, mais elle fut rapidement remplacée par une robuste boîte manuelle à cinq rapports entièrement synchronisée fournie par ZF. Cette transmission transforma les capacités de croisière de la voiture, abaissant significativement le régime moteur à vitesse autoroutière et cimentant son statut de vrai Grand Tourisme intercontinental. Une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports était également disponible pour la première fois.
La DB5 introduisit également plusieurs agréments de confort qui la rendaient bien plus utilisable que sa devancière :
- Freins à disque Girling de série sur les quatre roues avec double servofrein hydraulique.
- Alternateur (remplaçant l’ancienne dynamo).
- Vitres électriques de série.
- Un système d’échappement silencieux pour une expérience habitacle plus raffinée.
Les performances étaient exceptionnelles pour une voiture de luxe pesant environ 1 500 kg. La DB5 standard atteignait 100 km/h en environ 8 secondes et une vitesse de pointe de 233 km/h.
Le lien avec Bond : Goldfinger
L’histoire de la DB5 ne peut se raconter sans évoquer 007. Aston Martin fut d’abord réticent à fournir des voitures à la société de production EON Productions pour le tournage de Goldfinger. Ils finirent par céder, prêtant deux DB5 — l’une pour les scènes de conduite, l’autre modifiée avec les célèbres gadgets par le spécialiste des effets spéciaux John Stears.
Ces gadgets — les plaques d’immatriculation pivotantes, les mitrailleuses cachées derrière les indicateurs de direction, le siège éjectable, les distributeurs d’huile et d’écran de fumée, le traceur radar, les couteaux de jantes — n’étaient pas opérationnels. La plupart étaient des accessoires ou de simples mécanismes actionnés par l’occupant. Mais à l’écran, ils définirent pour des générations la mythologie de la voiture d’espion.
L’impact fut sismique. Après la sortie du film, les ventes de la DB5 s’envolèrent, et l’usine Aston Martin de Newport Pagnell peinait à satisfaire la demande. La voiture fut définitivement associée au charme suave et implacable de l’espion fictif.
Les films Bond avec la DB5
La DB5 est depuis apparue dans plus de films Bond qu’aucune autre voiture :
- Goldfinger (1964) — l’apparition inaugurale, fondatrice de la légende
- Opération Tonnerre (1965) — une deuxième sortie qui cimentait l’association
- GoldenEye (1995) — la DB5 de Pierce Brosnan signalait un retour aux racines
- Demain ne meurt jamais (1997) — une brève mais significative apparition
- Casino Royale (2006) — le Bond de Daniel Craig se présente à Vesper Lynd dans une DB5
- Skyfall (2012) — sans doute l’utilisation la plus poignante, la voiture détruite en Écosse
- Spectre (2015) — la DB5 revient aux côtés de la DB10 bespoke
- Mourir peut attendre (2021) — la DB5, à nouveau armée, occupe une place prominente
Dans Skyfall notamment, la destruction de la DB5 fut comprise par le public comme une puissante pièce de symbolisme — la perte de quelque chose d’irremplaçable, de quelque chose qui avait défini l’identité de Bond. Aucun autre accessoire de l’histoire du cinéma ne porte ce poids.
L’intérieur : luxe artisanal
À l’intérieur, la DB5 offrait un niveau d’artisanat que peu de voitures de quelque époque que ce soit ont égalé. Les sièges recouverts de cuir Connolly, les épais tapis de Wilton, le tableau de bord en bois poli avec instruments Smiths, et les lourdes commandes et interrupteurs chromés créaient une atmosphère d’opulence discrète.
Chaque élément de l’habitacle de la DB5 était fabriqué à la main, à Newport Pagnell, par des artisans qui avaient souvent consacré toute leur carrière à construire des Aston Martin. La qualité des matériaux et le soin de la fabrication donnaient à chaque voiture un caractère individuel — deux DB5 ne sont jamais tout à fait identiques, et les propriétaires expérimentés peuvent identifier de subtiles différences reflétant l’artisan particulier qui les a construites.
Héritage et valeur
Aston Martin produisit seulement 1 059 exemplaires de la DB5 entre 1963 et 1965, dont 123 cabriolets (Volante) et 12 rarissimes versions « shooting brake » (break) construites sur mesure par le carrossier Harold Radford.
Aujourd’hui, l’Aston Martin DB5 est une voiture de collection de premier ordre. Un coupé standard bien restauré se négocie régulièrement à plus d’un million de dollars, tandis que les modèles plus rares Vantage ou Volante atteignent des sommes nettement supérieures. En 2019, l’une des voitures garnies de gadgets originales utilisée pour la promotion de Opération Tonnerre fut vendue aux enchères pour plus de 6,4 millions de dollars.
Ces valeurs reflètent non seulement la rareté mais aussi une réelle signification culturelle. La DB5 est l’un des rares objets — aux côtés du Spitfire, de la Mini et de Big Ben — qui fonctionne mondialement comme raccourci de la britishness. Elle porte une signification qui transcende entièrement le monde automobile.
Les voitures de continuation
En 2020, Aston Martin annonça la construction de 25 voitures « DB5 Goldfinger Continuation » — des récréations authentiques de la voiture à gadgets originale, construites à Newport Pagnell selon des méthodes et des matériaux d’époque, mais équipées de versions pleinement opérationnelles (non létales) des gadgets originaux. Proposées à environ 3,3 millions de livres sterling chacune, les 25 exemplaires se vendirent immédiatement à des collectionneurs qui avaient toujours rêvé de posséder la voiture que conduisait Sean Connery. Le programme de continuation prouva que le mystère de la DB5, six décennies après son introduction, ne donne aucun signe de s’estomper.
La DB5 n’est pas la voiture de collection la plus rapide ni la plus technologiquement avancée. Mais elle demeure le symbole ultime du glamour automobile des années 1960 — un morceau roulant de patrimoine culturel britannique qui continue de captiver l’imagination du monde entier.