Ferrari 288 GTO
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288 GTO

Ferrari 288 GTO : La Première Supercar Moderne

Avant la F40, avant la Porsche 959, il y eut la Ferrari 288 GTO. Souvent éclipsée par sa sœur cadette et plus extrême (la F40), la 288 GTO est en réalité la machine la plus rare, la plus exclusive et — selon de nombreux observateurs — la plus belle des « Cinq Grandes » Ferrari. C’est elle qui lança la course aux armements de la supercar moderne et la première Ferrari à porter le légendaire badge GTO (Gran Turismo Omologato) depuis le Saint Graal qu’était la 250 GTO des années 1960.

L’Histoire du Groupe B : Une Voiture de Course qui Ne Courut Jamais

Comme de nombreuses grandes voitures des années 1980 (l’Audi Quattro et la Lancia Delta S4 par exemple), la 288 GTO existe grâce aux réglements du Groupe B. Ferrari souhaitait participer au rallye et à la course sur circuit en Groupe B, une série connue pour ses règles souples et ses vitesses insensées. Pour ce faire, les réglements de la FIA imposaient de construire 200 exemplaires homologués pour la route.

Ferrari construisit la 288 GTO (« 288 » signifie 2,8 litres, 8 cylindres) pour satisfaire ces règles.

  • La Tragédie : Le Groupe B fut annulé en 1986 à la suite d’une série d’accidents tragiques (notamment la mort d’Henri Toivonen) avant que la 288 GTO ne puisse jamais tourner une roue en compétition.
  • Le Résultat : Ferrari se retrouva avec une homologation spéciale pour une série qui n’existait plus. Fort heureusement pour le monde, la marque décida de les vendre comme voitures de route de toute façon. Le carnet de commandes était déjà plein avant même le début de la production.

Design : Un Loup Déguisé en Mouton

Au premier regard, la 288 GTO ressemble à une Ferrari 308 GTB (la voiture rendue célèbre par Magnum P.I.). C’était intentionnel, mais trompeur. La 288 GTO ne partage presque rien avec la 308, hormis la silhouette de base.

La Posture et la Carrosserie

  • Matériaux : La 308 était en acier. La 288 GTO fut la première Ferrari à utiliser une carrosserie en fibre de verre, Kevlar et Nomex. Le capot et le toit étaient en composites Kevlar/carbone. Cela réduisit le poids à seulement 1 160 kg.
  • Largeur : Elle est nettement plus large (190 mm de plus !) avec des passages de roues « boîte » évasés pour accueillir d’énormes pneus Goodyear NCT (225/50VR16 à l’avant, 255/50VR16 à l’arrière).
  • Les Ouïes : Les trois ouïes obliques derrière les roues arrière sont un clin d’œil stylistique direct à la 250 GTO de 1962.

La Modification du Châssis

Le plus grand changement d’ingénierie était invisible.

  • 308 GTB : Moteur monté transversalement (en travers).
  • 288 GTO : Moteur monté longitudinalement (dans le sens de la marche). Pour placer le V8 dans le sens de la longueur et faire de la place pour les turbocompresseurs, Ferrari dut allonger l’empattement de 110 mm. Cela nécessita un châssis tubulaire en acier entièrement nouveau. La disposition longitudinale permettait une meilleure répartition des masses et un meilleur refroidissement des intercoolers.

La Particularité de la Boîte de Vitesses

Comme le moteur était monté longitudinalement, on aurait pu s’attendre à ce que la boîte de vitesses soit placée derrière lui. Mais la 288 GTO utilise une disposition unique où la boîte est montée derrière le moteur, mais en saillie à l’arrière, avec le carter d’embrayage accessible depuis l’arrière de la voiture. Cela rend les changements d’embrayage étonnamment simples (pour une Ferrari), puisqu’il est inutile de déposer le moteur.

Le Moteur (Tipo F114B)

La 288 GTO fut la première Ferrari de route à disposer de deux turbocompresseurs.

  • Cylindrée : 2 855 cc. Cette taille spécifique fut choisie en raison du coefficient multiplicateur FIA pour les moteurs turbo (×1,4). 2 855 cc × 1,4 = 3 997 cc, ce qui plaçait la voiture juste en dessous de la limite de classe 4,0 L du Groupe B.
  • Turbos : Deux turbocompresseurs IHI avec des intercoolers Behr.
  • Puissance : 400 PS (294 kW ; 395 ch) à 7 000 tr/min.
  • Couple : 496 Nm à 3 800 tr/min.

En 1984, 400 chevaux était astronomique. Cela faisait de la 288 GTO la voiture de production la plus rapide du monde, avec une vitesse de pointe de 304 km/h. Ce fut la première voiture de route à franchir la barre des 300 km/h.

Impressions de Conduite : La Supercar du Gentleman

La 288 GTO est souvent décrite comme la plus « racée » des hypercars Ferrari au sens élégant du terme. Contrairement à la F40, qui est dépouillée, bruyante et sèche, la 288 GTO dispose d’un intérieur relativement luxueux.

  • Intérieur : Elle dispose de sièges Daytona en cuir (souvent avec des inserts oranges), de vitres électriques et de la climatisation. Elle fut conçue pour être conduite jusqu’au circuit, engagée en course, puis ramenée à la maison.
  • La Conduite : Cependant, ne confondez pas luxe et mollesse. Le court empattement et la technologie turbo des années 1980 en font une voiture exigeante. Le temps de réponse du turbo est significatif. On appuie sur l’accélérateur, on attend une seconde, puis la pression arrive comme un coup de masse. Les étroits pneus de 16 pouces peinent à contenir le couple, rendant la voiture sujette à du survirage soudain si l’on n’est pas prudent.

La 288 GTO Evoluzione

Il est impossible de parler de la 288 GTO sans mentionner l’Evoluzione. Ferrari en construisit 5 exemplaires — ces mules d’essai aérodynamiques et peu séduisantes développant 650 ch — pour courir en Groupe B. Quand la série disparut, ces voitures devinrent les bancs d’essai du développement de la Ferrari F40. Si l’on regarde une Evoluzione, on peut voir la F40 cherchant à s’arracher de la carrosserie de la 288 GTO. Les ouïes, l’aileron et l’habitacle dépouillé de l’Evoluzione furent tous directement transférés au projet F40.

Rareté et Valeur

La 288 GTO est la plus rare des hypercars Ferrari modernes.

  • Production : Seules 272 unités furent construites. (Ferrari F40 : 1 311. Ferrari F50 : 349. Enzo : 400. LaFerrari : 499).
  • Prix Neuf : 85 000 dollars lors de sa sortie.
  • Valeur Actuelle : Aujourd’hui, une 288 GTO s’échange pour 3,5 à 5 millions de dollars, égalant souvent ou dépassant la F50.

Pourquoi une telle valeur ? Au-delà de la rareté, c’est parce qu’elle est belle. Là où la F40 est agressive et l’Enzo anguleux, la 288 GTO est d’une élégance classique. C’est le mélange parfait des courbes des années 1960 et de la musculature des années 1980. Elle est le pont entre l’ancienne Ferrari (l’ère Enzo) et la Ferrari moderne et high-tech.