Ferrari Portofino : Le Rêve Utilisable
Lorsque Ferrari a présenté la California en 2008, ce fut un immense succès commercial. Elle a attiré une toute nouvelle catégorie d’acheteurs dans la famille Ferrari — des personnes qui voulaient le prestige du Cheval Cabré mais exigeaient le confort d’une disposition à moteur avant, la sécurité d’un toit rigide pliant et l’utilisabilité d’un véhicule de tous les jours.
Cependant, malgré son succès commercial (et son évolution ultérieure en California T), la voiture était souvent critiquée par les puristes pour être trop douce, trop lourde et légèrement maladroite dans ses proportions en raison de l’encombrant mécanisme de toit pliant.
En 2017, Ferrari a répondu à toutes ces critiques avec un modèle entièrement nouveau portant le nom de l’une des plus belles villes côtières d’Italie : la Ferrari Portofino. Ce n’était pas un simple restylage ; c’était une re-ingénierie complète visant à rendre leur voiture GT « d’entrée de gamme » plus légère, significativement plus rapide, et indéniablement belle.
Contexte historique : la tradition du grand tourisme
La tradition Ferrari des grands touristes à moteur avant est aussi longue et distinguée que leurs voitures de sport à moteur central. Depuis les premières Ferrari — la 166 Inter, la 250 GT — la marque a toujours construit des voitures pour parcourir des distances avec style. La formule GT est simple : un moteur puissant, généralement à l’avant, entraînant les roues arrière, dans une carrosserie façonnée pour la beauté plutôt que pour l’agressivité aérodynamique maximale, dans un habitacle suffisamment confortable pour les longs voyages.
Le nom « Portofino » — choisi pour évoquer le glamour et la beauté de la ville côtière ligure qui attire artistes, écrivains et célébrités depuis le XIXe siècle — positionne cette voiture comme un véhicule pour profiter de la vie, pas seulement pour établir des records sur circuit.
Le design : des proportions perfectionnées
Le défi principal pour le Ferrari Styling Centre était de dissimuler le mécanisme du Toit Rigide Rétractable (RHT). Dans la California précédente, le pont arrière était notoirement haut et encombrant pour accueillir les panneaux du toit.
Pour la Portofino, les ingénieurs et les designers ont travaillé en symbiose absolue. Ils ont développé un système de toit pliant plus compact, ce qui a permis aux designers d’abaisser radicalement le couvercle arrière. Le résultat est une véritable silhouette « fastback » toit fermé — une ligne de toit élancée et tombante qui ressemble à un coupé dédié plutôt qu’à un cabriolet compromis.
La face avant est considérablement plus agressive que son prédécesseur, avec une calandre centrale massive flanquée de phares LED en L tranchants. Ces phares intègrent des prises d’air cachées sur leurs bords extérieurs, canalisant l’air vers les passages de roues avant et le faisant ressortir par les profondes scultures sur les portières, réduisant considérablement la traînée.
Le cœur : le V8 biturbo primé
La Portofino est propulsée par le célèbre V8 biturbo de 3,9 litres (3 855 cc) à 90 degrés de Ferrari (famille F154, la même architecture de base que dans la 488 GTB et la F8 Tributo).
Pour la Portofino, le moteur a reçu de nouveaux pistons, de nouvelles bielles et un système d’admission repensé. Le système d’échappement a été entièrement refondu en pièce unique pour réduire les pertes et améliorer le son.
Le résultat est un substantiel 600 cv (592 ch) à 7 500 tr/min et 760 Nm (560 lb-ft) de couple.
Comme toutes les Ferrari turbochargées modernes, la Portofino utilise le Variable Boost Management. Ce procédé logiciel limite le couple dans les rapports inférieurs (comme le 1er au 3e), ne délivrant les 760 Nm maximums que lorsque la boîte à double embrayage à 7 rapports passe en 7e vitesse. Cela confère au moteur turbocompressé la livraison de puissance linéaire et le ressenti de l’accélérateur d’un classic V8 atmosphérique Ferrari, incitant le conducteur à chasser la zone rouge.
Un châssis plus léger et plus rigide
La Portofino est construite sur un châssis en aluminium entièrement nouveau. En utilisant des techniques de fabrication modernes, Ferrari a pu intégrer des composants auparavant séparés en de grandes pièces coulées individuelles.
Par exemple, le montant A, qui était auparavant composé de 21 pièces séparées, a été coulé en une seule pièce dans la Portofino. Cette ingénierie obsessionnelle a abouti à un châssis 35 % plus rigide que la California T, alors que la voiture complète pèse 80 kg (176 lbs) de moins.
Le premier E-Diff dans un GT
Pour améliorer encore les capacités dynamiques, Ferrari a équipé la Portofino de leur différentiel électronique arrière de troisième génération (E-Diff3) — la première fois que cette technologie de tenue de route agressive était incluse dans leur voiture GT d’entrée de gamme.
Intégré avec le système de contrôle de traction F1-Trac, l’E-Diff vectorise activement le couple entre les roues arrière, améliorant considérablement la traction mécanique lors de l’accélération en sortie de virage. Le système de direction a également été mis à niveau de hydraulique à électrique (EPS), permettant un rapport de direction 7 % plus rapide sans rendre la voiture nerveuse ou instable à vitesse d’autoroute.
L’évolution Portofino M
En 2020, Ferrari a présenté une mise à jour à mi-cycle appelée la Portofino M (« Modificata »).
Le modèle M a reçu une légère augmentation de puissance (à 620 cv), un système d’échappement mis à jour (pour se conformer aux lois européennes strictes sur les émissions GPF), et une toute nouvelle boîte à double embrayage à 8 rapports (dérivée de la SF90 Stradale). De manière cruciale, le Manettino sur le volant a gagné une cinquième position — le mode « Race » — brouillant encore la frontière entre ce confortable Grand Tourisme et une voiture de sport dédiée.
Rivales et positionnement
La Portofino M est en concurrence avec l’Aston Martin DB11 et la McLaren GT. Les deux sont d’excellentes voitures avec leurs propres caractères distincts.
L’Aston Martin offre un caractère GT britannique plus traditionnel — légèrement plus doux, plus axé sur le raffinement. La McLaren GT privilégie la performance même dans le segment GT — elle est plus rapide que la Portofino M, mais moins évidemment belle et moins émotionnellement impliquante en conduite normale.
La force particulière de la Portofino M est la complétude du package : elle est belle à l’arrêt (important pour une voiture que les gens voient dans les restaurants et les événements), véritablement rapide quand on la pousse, et suffisamment confortable pour être une vraie voiture quotidienne.
L’expérience en cabriolet
Toit baissé en 14 secondes avec le soleil dehors, la Portofino M se transforme en quelque chose de véritablement spécial. La combinaison d’une bande-son V8 biturbo de plus de 600 chevaux, des routes côtières italiennes et du ciel ouvert au-dessus est difficile à améliorer quel que soit le prix.
Le mécanisme du toit fonctionne électriquement jusqu’à 40 km/h — on peut baisser le toit à un feu rouge sans s’arrêter. La Ferrari Portofino est la machine à double personnalité ultime. Toit fermé et suspension en mode « Comfort », c’est une croisière silencieuse et luxueuse capable d’avaler des centaines de kilomètres sans effort. Mais baissez le toit en 14 secondes, passez le Manettino en Sport, et elle se transforme en une supercar bruyante, incroyablement rapide et dynamiquement brillante, entièrement digne du badge Cheval Cabré.