Ferrari Purosangue
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Ferrari Purosangue : Défier la Définition

Pendant des décennies, alors que Porsche, Lamborghini, Aston Martin et même Lotus succombaient au marché incroyablement lucratif des SUV de luxe, Ferrari restait inflexible. D’anciens dirigeants déclaraient publiquement qu’ils devraient être « abattus d’abord » avant qu’un SUV Ferrari ne soit construit.

Cependant, les exigences du marché ont fini par imposer que Ferrari dispose d’un véhicule surélevé et pratique pour leurs clients les plus fidèles souhaitant une voiture quotidienne capable de transporter quatre adultes dans le confort.

Quand Ferrari a finalement dévoilé sa création en 2022, la marque a catégoriquement refusé de l’appeler SUV. Elle l’a baptisée Ferrari Purosangue (en italien « Pur-sang »), la désignant simplement comme une évolution de leur lignée de voitures de sport — une véritable Ferrari quatre portes et quatre places. En utilisant un châssis sur mesure, une disposition à moteur central avant en transaxle, et un moteur V12 atmosphérique, ils ont construit un véhicule qui se comporte et se ressent fondamentalement différemment de tout SUV sur la planète.

Contexte historique : le long chemin vers le compromis

La pression sur Ferrari pour construire un véhicule pratique et surélevé se faisait sentir depuis des décennies. Porsche a lancé le Cayenne en 2002, qui est devenu la voiture la plus vendue de l’histoire de Porsche et a financé le développement de certaines des voitures de sport les plus célébrées de la marque. L’Urus de Lamborghini est arrivé en 2018 et est immédiatement devenu le modèle à plus fort volume de la marque. Aston Martin a lancé le DBX en 2020.

Ferrari a observé tout cela. Ils ont résisté plus longtemps que tout concurrent. Quand ils ont finalement bougé, ils ont été typiquement Ferrari : ils n’ont pas construit un SUV conventionnel, peu importe ce qu’attendait le marché. Ils ont construit une voiture selon leurs propres termes.

La Purosangue n’est pas un SUV. Ce n’est pas un crossover. Ferrari l’appelle FUV (Ferrari Utility Vehicle) en interne. Ce qu’elle est, plus précisément, c’est une voiture de sport surélevée avec quatre portes, quatre places et quatre roues motrices — une configuration qui n’a jamais existé avant sous cette forme exacte.

Le cœur : le V12 F140 IA

L’Urus utilise un V8 biturbo de 4,0 litres. Le DBX aussi. Le Cayenne Turbo aussi. Ferrari a choisi une voie radicalement différente pour la Purosangue : le V12 atmosphérique de 6,5 litres de la 812 Superfast.

Désigné en interne F140 IA, ce moteur partage son bloc et son architecture avec la 812 Superfast. Cependant, les systèmes d’admission, de calage et d’échappement ont été entièrement repensés. L’objectif n’était pas de chasser une puissance maximale à 9 000 tr/min, mais de fournir une vague massive et luxueuse de couple à des régimes moteur plus bas pour convenir à la nature plus lourde et à quatre roues motrices du véhicule.

Le résultat est magnifique : 725 cv (715 ch) à 7 750 tr/min et 716 Nm (528 lb-ft) de couple à 6 250 tr/min. Fait crucial, 80 % de ce couple maximum est disponible dès 2 100 tr/min.

L’expérience acoustique est du pur Ferrari. Il manque le bourdonnement synthétisé des SUV V8 turbocompressés, le remplaçant par un riche crescendo V12 mécanique qui monte en continu jusqu’à sa zone rouge de 8 250 tr/min.

La disposition : moteur central avant en transaxle

La raison fondamentale pour laquelle Ferrari refuse d’appeler la Purosangue un SUV réside dans sa répartition du poids. La plupart des SUV montent leur moteur loin en avant sur l’essieu avant, et la lourde transmission se boulonne directement à l’arrière du moteur, les rendant intrinsèquement chargés à l’avant.

La Purosangue utilise une disposition de voiture de sport. Le massif moteur V12 est poussé entièrement derrière l’essieu avant (moteur central avant). La boîte à double embrayage à 8 rapports est déplacée entièrement à l’arrière de la voiture (disposition en transaxle).

Cet arrangement produit une répartition du poids quasi parfaite de 49:51 (avant:arrière). C’est inédit dans un véhicule surélevé et c’est le facteur critique qui permet à la Purosangue de se comporter comme une véritable voiture de sport Ferrari.

L’innovation quatre roues motrices

Pour envoyer la puissance aux quatre roues tout en maintenant la disposition en transaxle, Ferrari a fait évoluer le système 4RM-S complexe initialement introduit sur la FF et la GTC4Lusso.

Les roues arrière sont entraînées par la boîte de vitesses transaxle principale à 8 rapports. Les roues avant, cependant, sont entraînées par une petite boîte à deux rapports entièrement séparée, attachée directement à l’avant du moteur V12 (le PTU, ou Power Transfer Unit).

Ce système ingénieux et léger fournit un vectorage de couple aux roues avant jusqu’au 4e rapport (ou environ 200 km/h). Au-dessus de cette vitesse, la boîte avant se découple, et la Purosangue devient entièrement à propulsion arrière.

Ferrari Active Suspension Technology (FAST)

La pièce de technologie la plus révolutionnaire de la Purosangue est peut-être sa suspension. Co-développée avec Multimatic, elle intègre la technologie True Active Spool Valve (TASV).

Contrairement aux suspensions adaptatives traditionnelles ou aux suspensions pneumatiques (que la Purosangue n’utilise pas), le système FAST utilise un moteur électrique 48 volts à l’intérieur de chaque amortisseur. Ce moteur peut appliquer activement une force contre l’amortisseur, soulevant ou poussant instantanément la roue indépendamment de la masse du véhicule.

Cela signifie que la suspension peut annuler activement le roulis en virage serré, éliminant complètement le besoin de lourdes barres anti-roulis. Elle peut pousser les roues dans les nids-de-poule pour maintenir une assise parfaitement plane, et elle abaisse artificiellement le centre de gravité de la voiture dans les virages. C’est la solution magique qui permet à cette machine de 2 033 kg (4 482 lbs) de virer avec la planéité et l’agilité d’une berlinetta surbaissée.

Les « Welcome Doors »

Le design extérieur de la Purosangue est agressif, avec le concept « aerobridge » sur le capot et une absence totale de calandre frontale traditionnelle (les prises d’air sont cachées dans le pare-chocs inférieur et autour des phares).

La caractéristique la plus frappante est la façon dont on entre dans l’habitacle arrière. La Purosangue dispose de portes arrière à ouverture inversée — des « portes suicide » (Ferrari préfère le terme « Welcome Doors »). Elles s’ouvrent à 79 degrés d’un simple appui sur un bouton. Ce design a permis à Ferrari de garder l’empattement relativement court pour l’agilité en virage tout en maximisant l’espace d’accès pour les passagers arrière.

À l’intérieur, il n’y a pas d’écran central d’infodivertissement. L’habitacle est strictement quatre places (pas d’option cinq places avec banquette), avec quatre sièges baquets individuels chauffants et ventilés. Le passager dispose de son propre écran dédié de 10,2 pouces.

Concurrence

La concurrente la plus proche de la Purosangue est la Lamborghini Urus Performante — V8 biturbo, 666 chevaux, quatre roues motrices, plus rapide dans certaines métriques. L’Urus est plus agressive visuellement et offre plus de couple à bas régime grâce à son moteur turbocompressé, mais c’est un SUV conventionnel en disposition et en caractère.

L’Aston Martin DBX 707 offre une puissance comparable grâce à son V8 turbocompressé et un caractère GT britannique exceptionnel, mais c’est là encore une disposition de SUV conventionnelle sans les solutions d’ingénierie exotiques de la Purosangue.

Aucune rivale n’offre la combinaison de la Purosangue — bande-son V12 atmosphérique, répartition du poids quasi parfaite et technologie de suspension FAST. Ferrari a construit un produit véritablement unique dans ce segment.

Une déclaration sold-out

Pour protéger l’exclusivité de la marque, Ferrari a annoncé qu’ils limiteraient la production de la Purosangue à strictement 20 % de leur production annuelle totale. La demande a été si écrasante que Ferrari a dû fermer temporairement les carnets de commandes peu après son dévoilement.

La Purosangue n’est pas un SUV ; c’est une voiture de sport V12 à quatre portes sur échasses. Elle représente le refus absolu de Ferrari de compromettre ses standards dynamiques simplement pour pénétrer un segment de marché lucratif. Ce refus — cette insistance à faire les choses à leur façon quelle que soit la convention — est aussi Ferrari que le cheval cabré lui-même.