McLaren 675LT
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McLaren 675LT : Le Retour de la Longtail

Lorsque McLaren Automotive a lancé la 12C en 2011, la marque s’est imposée comme un rival redoutable face à Ferrari et Porsche. La 12C était objectivement brillante : incroyablement rapide, étonnamment confortable et technologiquement avancée. Pourtant, les critiques la décrivaient souvent comme « clinique » ou « froide » — une machine qui privilégiait les chiffres à l’émotion. Sa successeure, la 650S, avait amélioré les choses, mais traînait encore une réputation d’être légèrement trop polie, trop sage.

Puis vint la McLaren 675LT. Dévoilée au Salon de Genève 2015, elle fut la première McLaren moderne à ressusciter le légendaire patronyme « Longtail » (LT), un nom jusqu’alors réservé aux versions ultra-rares homologuées en course de la McLaren F1 GTR de 1997.

La 675LT n’était pas simplement une 650S dotée d’un supplément de puissance et d’un aileron plus imposant ; elle représentait un changement fondamental de philosophie. Les ingénieurs de McLaren avaient reçu un cahier des charges lapidaire : réduire le poids, augmenter la puissance et maximiser l’implication du conducteur à n’importe quel prix. Le résultat fut une révélation. Elle prouva que Woking était capable de construire une voiture possédant autant d’âme, d’agressivité et de frisson viscéral que n’importe quelle création sortie de Maranello ou de Stuttgart.

La Cure : Une Réduction de Poids Obsessionnelle

La métamorphose de la 650S en 675LT débuta par un régime draconien. McLaren parvint à délester la voiture d’un remarquable 100 kg (220 lbs), ramenant le poids à sec à un featherweight de 1 230 kg (2 711 lbs). Ce tour de force fut accompli grâce à un recours extensif à la fibre de carbone et à un examen minutieux de chaque composant.

  • Carrosserie en Fibre de Carbone : Le bouclier avant, le soubassement avant, les jupes latérales, les ailes arrière, le capot moteur, le bandeau arrière inférieur et l’imposant aérofrein arrière actif « Longtail » sont tous taillés dans la fibre de carbone. Même la lunette arrière est en polycarbonate ultra-fin, ce qui représente à lui seul une économie de 1,7 kg.
  • Le Moteur : Le V8 biturbo de 3,8 litres a été profondément revu. Plus de 50 % des composants internes ont été modifiés, notamment de nouvelles bielles allégées, des arbres à cames spécifiques et des turbocompresseurs à montée en pression plus rapide. Le moteur seul est 5,5 kg plus léger que celui de la 650S.
  • L’Échappement : L’élément le plus emblématique de la 675LT est sans doute son système d’échappement sur mesure en titane. Débouchant centralement à travers le capot arrière par deux imposants tuyaux circulaires, ce système permet une économie de 1,1 kg et offre une bande-son qui transforme radicalement le caractère de la voiture.
  • L’Habitacle : La cabine a été dépouillée de tout superflu. Les profonds baquets en fibre de carbone (empruntés à l’hypercar P1) font économiser 15 kg. L’Alcantara remplace le cuir plus lourd sur l’ensemble des surfaces, et la climatisation a même été retirée de la dotation de série — bien qu’elle pût être réintégrée en option sans supplément de prix.

La Motorisation : 675 PS de Fureur

Le V8 biturbocompressé de 3,8 litres profondément revu (M838TL) développe 675 PS (666 ch) à 7 100 tr/min et 700 Nm (516 lb-ft) de couple. Si le gain de puissance par rapport à la 650S (25 PS) peut paraître modeste sur le papier, la façon dont ce moteur restitue sa puissance est radicalement différente.

Les cartographies moteur de la 675LT sont nettement plus agressives. La réponse à l’accélérateur est instantanée, sans la légère hésitation caractéristique des premières McLaren turbochargées. Les turbocompresseurs sont équipés d’une roue de compresseur usinée dans la masse, réduisant drastiquement l’inertie et permettant au moteur de monter en pression avec une férocité terrifiante.

Lorsque le conducteur sélectionne le mode de conduite « Track », la boîte de vitesses à double embrayage à 7 rapports active l’« Inertia Push ». Lors des montées de rapport, le moteur coupe temporairement l’allumage, provoquant la détonation du carburant non brûlé dans l’échappement en titane. Le claquement résultant à chaque passage de rapport est d’une violence sonore digne d’un coup de fusil, accompagné d’un choc physique lorsque la transmission enclenche brutalement le rapport suivant. La précision clinique de la 12C a totalement disparu, remplacée par une agressivité brute et théâtrale.

Les performances sont stupéfiantes : 0 à 100 km/h en 2,9 secondes, 0 à 200 km/h en un fulgurant 7,9 secondes, et une vitesse de pointe de 330 km/h (205 mph).

Aérodynamique : La Philosophie Longtail

Le nom « Longtail » fait directement référence à la carrosserie arrière allongée conçue pour optimiser les flux aérodynamiques. La 675LT est 34 mm plus longue que la 650S, entièrement en raison du becquet avant allongé et de l’aérofrein arrière actif élargi.

Le package aérodynamique de la 675LT génère 40 % d’appui supplémentaire par rapport à la 650S. À l’avant, l’agressif splitter en fibre de carbone et les dérives modifiées canalisent le flux d’air sous le plancher plat. À l’arrière, l’imposant aérofrein actif est 50 % plus grand que celui de la 650S, tout en étant plus léger.

Cet aérofrein remplit plusieurs fonctions : il repose à plat pour réduire la traînée à haute vitesse, se lève pour équilibrer l’appui lors des changements de direction appuyés, et bascule quasi verticalement pour faire office de parachute au freinage. Associées à des ressorts plus rigides (27 % à l’avant, 63 % à l’arrière) et à une voie élargie (de 20 mm), les charges aérodynamiques générées par la LT lui permettent d’aborder les virages à des vitesses proprement stupéfiantes.

Le Châssis : Une Connexion Télépathique

La 675LT conserve le châssis MonoCell en fibre de carbone, signature de McLaren, ainsi que l’ingénieux système de suspension ProActive Chassis Control (PCC), qui utilise des amortisseurs hydrauliquement interconnectés en lieu et place des barres antiroulis traditionnelles. Cependant, l’ensemble a été entièrement recalibré pour la LT.

La géométrie de suspension a été revue, en intégrant des fusées d’essieu allégées dérivées directement de la P1. La crémaillère de direction, déjà célébrée pour son feeling hydraulique, a été rendue 10 % plus rapide. Le résultat est un train avant qui plonge en virage avec la promptitude d’une voiture de course.

Les informations remontées par le châssis au conducteur sont d’une richesse extraordinaire. À travers le volant en Alcantara et le baquet rigide en fibre de carbone, le pilote perçoit chaque aspérité du revêtement et sait précisément à quel moment les pneumatiques Pirelli P Zero Trofeo R spécifiques approchent de leur limite d’adhérence. C’est une voiture qui inspire une confiance immense, incitant le conducteur à pousser plus fort, à freiner plus tard et à remettre les gaz plus tôt.

Héritage et Valeur

McLaren a limité la production de la 675LT Coupé à seulement 500 exemplaires, tous vendus en quelques semaines après l’annonce du modèle. Une version Spider suivit plus tard en 2015, également limitée à 500 unités.

La 675LT a tout changé pour McLaren. Elle a prouvé que la marque savait concevoir l’émotion. Elle a pris l’impressionnante compétence de la 650S et l’a injectée d’une bonne dose de folie et de bruit. Aujourd’hui, la 675LT est largement considérée comme l’une des absolues grandes supercars modernes — un sommet en matière d’implication du conducteur qui a établi la sous-marque « LT » comme l’équivalent McLaren des Porsche GT RS ou des Ferrari Speciale. Elle demeure une machine brute, exaltante et profondément exceptionnelle.